La vie passion de Gari Grèu

Publié le par chauve-stephane

La vie passion de Gari Grèu

La vie passion!

Voilà les quelques mots que je retiens de mon entrevue avec Gari Grèu. En ce mois de février, anormalement chaud, nous nous retrouvons dans sa loge pour qu'il me parle de son nouvel album. On aborde le Massilia Sound System, le Collectif13, sa collaboration avec le poète Tartar(e) et bien sûr ses nouvelles chansons. 

Comment ne pas être séduit par cet artiste confirmé qui recherche simplement à faire ce qu'il aime tout en s'ouvrant aux autres?

Barka, son nouvel album, est un remerciement à la vie, aux gens. C'est aussi une leçon de vie sans prétention: c'est un appel à profiter de notre quotidien .

Alors venez découvrir Gari, son histoire, ses méthodes et ses projets.

Soyons passionnés, vivons passionnés. 

La vie passion de Gari Grèu

J'ai vu que tu avais croisé le Massilia Sound System lorsque tu faisais des études d'architecture. Tu revends ta basse pour acheter un sampler. Alors comment et par quoi Gari est-il arrivé à la musique  ?

Je suis un peu contemporain des clashs, alors les mecs comme moi, on s'est pris le hip hop et le reggae digital dans la figure. On a laissé tomber les basses et les guitares. Avec le hip hop je m'aperçois très vite que je peux faire de la musique tout seul. J'avoue que ce fut une révélation. On se rend compte qu'en parlant de notre quotidien dans des couplets on peut être pertinent artistiquement et intéresser du public.

 

En 2012, tu sors un album solo: Camarade lézard. C'était important de te lancer seul ?

J'avais commencé avec Massilia en 1992 . C'était de la musique mais aussi une manière de voir le monde. Au bout d'un moment je me suis mis à composer des petites chansons à la guitare qui ne rentraient pas dans le style de Massilia. Ça m'a permis de raconter d'autres choses et d'être sur une autre sensibilité. Je me suis pris au jeu. Sans m'en rendre compte, j'ai accumulé pas mal d'idées et ce premier disque est né comme ça.

 

C’était une volonté de ta part de te lancer ou cela s’est fait naturellement ?

Il se trouve qu'en 2004 à côté de Massilia, j'ai créé un groupe avec mon collègue Lux B qui s'appelait Oai Star. C'était la version rock de Massilia. Lux nous a quittés en 2008 et je me suis senti un peu orphelin. Ça a joué aussi pour faire ce disque en 2012 et j'avais aussi les chansons idoines pour faire un album plus posé. J'ai pris beaucoup de plaisir à chanter ces chansons sur scène et à prendre une autre posture. Ça a créé un nouveau chemin dans mon histoire personnelle. Puis on m'a proposé d'autres projets, c'est pour ça que je n'ai pu faire mon second album solo qu'aujourd'hui.

 

Justement, en parlant de tes projets, je suis obligé de te parler de Collectif 13. Il y a pile un an, Guizmo m'expliquait sa joie de vous retrouver au sein de ce collectif. Qu'est ce que tu ressors de cette expérience ?

Pareil que Guiz.  Cela fait deux fois que l'on part sur la route avec ce projet. Il n'y a que des mecs qui ont des histoires artistiques et des groupes à côté. C'est un rassemblement d'artistes  qui laissent leur ego de côté. Il y a un esprit horizontal que j'ai rarement vu dans un projet artistique. On n'a pas d'objectifs à part organiser de belles soirées pour le public. On a fait 52 dates et on a eu l'impression que ça avait duré 10 minutes. C'est le luxe de notre petite vie d'artiste d'avoir des projets comme cela.Ça a éclaboussé tout le reste. On travaille tous maintenant les uns avec les autres. On se retrouve sur les tournées. On fait des apparitions sur les albums des autres membres du collectif 13. C'est une belle histoire. Surtout à cette époque, en 2020, avec tous les murs dressés, les pages facebook sur lesquelles on compte le nombre de vues.  Nous sommes juste des artistes qui parlent d'amour, de bonne humeur, de courant d'air... On ne dresse pas un constat cynique de la société dans nos chansons. On essaie de proposer autre chose: un autre regard. Nous, on a de la chance de se faire du bien en essayant de faire du bien aux gens.

La vie passion de Gari Grèu

Peux tu me dire maintenant comment tu écris tes textes ?

 Les chansons sont un peu des polaroids, des choses que tu attrapes au vol. Depuis quelques années j'ai entamé une relation de travail, on peut même dire de vie commune avec un mec qui s'appelle Tartar(e). En France c'est un peu le Michael Jackson du théâtre de rue. Il est poète griot.Dans les festivals, il donne rendez-vous au public, il arrive et le tient en haleine pendant deux heures d’une manière ahurissante. Il y a 7-8 ans, on me propose de faire un spectacle avec lui: c'est la rencontre entre le griot et le chanteur. Avec un travail au préalable, il dit les textes et moi je les chante. On a eu un vrai plaisir à travailler ensemble. Depuis 7-8 ans j'écris mes chansons avec lui. On a créé un modus operandi: il m'envoie du bois et moi j'essaie de créer des meubles. Dans mon nouvel album, sur 11 chansons je pense que l'on en a fait huit ensemble... et les trois autres, on peut presque les signer tous les deux. Tartar(e) m'a permis d'amener un peu plus de poésie dans mes textes. Il y a ce réel plaisir d'écrire à quatre mains. Tu as l'impression que les esprits et les âmes se mélangent.


Ton album Barka c'est « merci » en langue moorée ou c'est la baraka arabe ?

On décide de l'appeler Barka car on a créé beaucoup de chansons au Burkina Faso. Là-bas Barka c’est merci. Le mot me plaisait :merci, merci à la vie de m'avoir permis de toucher la vie passion, merci au Marseille des années 70 de m'avoir modelé comme je suis . Merci aussi au public. Tu vois c'est une sorte de merci général.

 

Pourquoi avoir choisi de placer le titre éponyme Barka à la fin de l'album ?

Beaucoup d'artistes l'auraient mis en premier. Je l'ai placé en dernier parce que c'est le générique de fin. Je voulais faire un album cohérent. J'avais écrit deux trois chansons très rythmées à la manière du Gari de Massilia mais je les ai enlevées pour avoir un équilibre et un fil conducteur.

 

 Comment définis-tu ton album ?

Sans m'en rendre compte, je me suis mis à parler à mes enfants : « la vie est courte mais elle est large, merci de la partager ». A l'évidence je parle à des ados. Mais, ça intéresse aussi ma mère qui a 75 ans. Elle aussi a évolué avec l'époque et avec moi à côté d'elle. C'est devenu une personne qui a un regard neuf sur la société. 

 

C’est pour ça qu’il a un côté un peu intimiste dans tes chansons.

A l'évidence, mon but était de faire un disque et des chansons qui recherchent le cœur. Tu sais nous les artistes, on fait du courant d'air. Les chansonnettes ne changent pas le monde, elles le racontent.

La vie passion de Gari Grèu

Les artistes sont souvent en lutte, comme dans ta chanson ? Un artiste est un guerrier cramé ?

Bien sûr, un artiste est un guerrier cramé.

 

Et toi tu es un guerrier cramé?

Moi je suis un ex petit gros, complexé, et timide.L'artiste se sauve la vie en direct. Quand j'étais ado, j'étais une personne très radicale. Heureusement pour moi, je suis allé prendre un micro. Avec le recul, je me suis apaisé. J'ai vécu une vie passion. J'ai honte des fois, quand je vois les autres, alors que moi, je suis payé pour aller en studio et pour faire des tournées.

 

Justement, tu as encore d'autres dates prévues qui arrivent bientôt ?

J'ai un peu coupé mon année en deux. Je fais des tournées de Gari jusqu'au mois de mai. Cet été, je participe à un projet un peu spécial : avec un des deux chanteurs de Massilia (Moussu T) mais aussi Hakim et Mouss de Zebda, nous allons faire un spectacle tous ensemble qui s'appellera Pas d'Arrangement. On chantera durant toute la saison des festivals et je reprendrai la tournée de Barka au mois de septembre.

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