Romain Humeau nous parle de Stupor Machine, le nouvel album d'Eiffel.

Publié le par chauve-stephane

Romain Humeau nous parle de Stupor Machine, le nouvel album d'Eiffel.

Depuis le 26 avril, un album phénomène est dans les bacs : le tant attendu nouvel opus d'Eiffel. Toujours aussi rock et romantique, il nous transporte dans un univers poétique baignant en pleine Science Fiction réaliste.

Romain Humeau utilise les mots, leurs différents sens et leur musicalité pour soulever des sujets plus préoccupants comme l'avenir de nos enfants ...

Alors oui, Stupor Machine est une machine à effroi. Oui Eiffel chante haut et fort la peur du monde dans lequel on vit. Mais tout ceci est réalisé avec brio grâce à des mélodies sublimées par la voix de son chanteur.  

Qui mieux que lui aurait pu répondre à mes questions? Il s'est prêté gentiment au jeu en nous présentant ses méthodes de travail et surtout  cet album qui est déjà une référence. 

Romain Humeau nous parle de Stupor Machine, le nouvel album d'Eiffel.

Le dernier album d'Eiffel, Foule Monstre, date de 2012. Pourquoi avoir pris autant de temps pour vous relancer sur un nouvel opus ?

On a tourné jusqu'à fin 2013 puis on a commencé à enregistrer nos nouvelles chansons fin 2017. C'est juste une pause de 4 ans et demi. Durant cette période, chacun a vécu son aventure avec tout l'imprévu que cela peut comporter. Pour ma part, j'ai fait trois disques solo et j'ai notamment produit trois Lavilliers.

 

On peut donc écouter Stupor Machine depuis quelques jours. Ce nouvel album était-il programmé ?

On n'avait rien programmé même si on s'était réuni avec Eiffel pour en parler il y a deux ans. L'élément déclencheur de ce nouvel album est dû au fait que j'avais terminé des chansons et qu'il y avait l'envie de reformer Eiffel. Pourtant nous ne sommes plus dans une démarche d'enchaînement d'albums . Chaque album peut être le dernier. Nous sommes musiciens et nous avons aussi besoin de faire des choses différentes. Quand je fais un album solo c'est aussi important qu'Eiffel. C'est la même chose pour les autres et je trouve cela très sain.

 

Projets après projets, il y a donc une certaine liberté dans vos habitudes de travail. Pourquoi utilises tu alors le terme de carcan adorable pour définir le groupe?

Avec Eiffel il y a un précepte : basse-guitare-batterie. Et il faut faire avec ce matériel là. On revient toujours à ça. J'aime beaucoup expérimenter musicalement durant mes projets solos mais Eiffel reste Eiffel. On ne doit pas tout mélanger.

 

Alors, en utilisant ces contraintes comment as-tu créé les chansons de cet album ?

Pour la musique c'est particulier car je vais très très vite. Au bout de 10 minutes je peux avoir une chanson. Pour les textes, le premier jet est aussi rapide. Souvent en même temps. Par contre l'écriture même du texte dans sa finalité, sa globalité et sa maturité prend du temps. J'ai souvent une prise de notes en cascade et je jette énormément. Puis je me lance dans l'écriture même du texte dans sa finalité. Je pars de mes notes et ce travail de réécriture peut me prendre plusieurs jours ou plusieurs mois. Il n'y a pas de règle. Ecrire un texte c'est être inspiré mais c'est aussi faire un peu d'archéologie, retrouver l’étymologie d'un mot, utiliser des tiroirs. Je travaille énormément cela pour que cela reste musical. Les textes sont ce qu'ils sont mais ils émanent de la musique.

 

Pour atteindre ces exigences là tu t'imposes donc une discipline d'écriture?

Tout ce qui est prise de notes reste spontané. Je peux penser des choses et l'écrire sur une partition rapidement. On n'est jamais plus libre que dans sa tête. Je fais souvent l'aller-retour entre l'inspiration et l’artisanat. L'artisanat est capital à l'inspiration. Chez moi, il y a toujours une guitare qui traîne ou un piano. Par contre quand il s'agit de finaliser, je m'impose une discipline et là ça peut être toute la journée enfermé avec plusieurs supports (papier, ordinateur, plusieurs stylos...). Je fais aussi des dessins pour me reposer l'esprit.

Le nouvel album s'appelle Stupor Machine. Pourquoi ce nom anglais ?

On n'avait même pas pensé à ça. Au départ, on voulait un titre qui pourrait englober l'idée de vertige, d'angoisse et de panique en rapport au monde dans lequel on vit. On voulait l'appeler Vertigo. Mais on a su que l'album de Minuit portait le même nom. On a alors recherché toujours en gardant cette idée d'effroi et on a pensé à une ancienne chanson d'Eiffel de 1997 qui s'appelait Stupor Machine. Pour moi ça signifie « la machine à effroi ». Quand j'ai su que ce serait le titre de l'album, je me suis permis d'insérer cette expression dans la chanson Gravelines pour que la boucle soit bouclée.

 

Comment définirais-tu Stupor Machine ?

Stupor Machine, hormis trois chansons tendres et d'amour qui contiennent une forme d'espoir, tout le reste est assez sombre. Avec Eiffel, on est motivé pour faire des choses mais en même temps on voit ce monde avec tous ses problèmes : le dérèglement climatique, la pollution, la montée des eaux... L'espèce humaine va-t-elle continuer à vivre comme ça? J'ai voulu prendre ce postulat au pied de la lettre et on a voulu proposer des chansons comme si elles avaient été écrites dans une quinzaine d'années. Certains parlent d'anticipation ou de Science Fiction. Je définis plutôt cela comme de la Science Fiction réaliste. On pouvait parler de Science Fiction quand dans les années 50 on traitait de l'an 2000. La Science Fiction réaliste est écrite en 2019 pour parler de 2025. Ce travail me permet d'exprimer mes craintes, d'être dans une forme de critique sociale tout en étant dans un imaginaire teinté de Science Fiction. Ca m'a permis sur cet album d'être dans la fable dans certaines chansons comme Big Data où l'on trouve Malika qui est cette femme non fichée qui est poursuivie par une armée d'êtres fichés. On aborde donc des choses qui se passent déjà avec une forme d'humour mêlée à de l'inquiétude. Aujourd’hui on donne aux gens une apparente liberté mais en fait on les parque, on les aiguille sur un mode de pensée précis. On donne le choix de consulter ce que l'on veut mais il n'y a pas d'éducateur. Les gens retournent toujours là où ils sont déjà allés. 

 

Finalement derrière tout ce processus d'écriture, il y a l'objectif de transmettre des émotions.

Transmettre la peur que je ressens oui. On ne la transmet pas qu'avec des textes mais aussi avec de la musique. L'idée c'est de provoquer au sens propre. Mais attention, je ne suis pas là à montrer du doigt, je n'aime pas ça d'ailleurs . Pour créer une émotion, il faut un allant poétique, si on ne l'a pas ça ne sert à rien. On peut faire de la poésie sur plusieurs domaines : très sombres comme Donald Trump et d'autres très gorgés de vie et d'amour. Je pense qu'il faut tous les utiliser. Toute matière est bonne à être utilisée pour essayer de faire de la poésie. La poésie n'est pas les mots mais plutôt l'agencement des mots. C'est comme la modernité qui n'est pas les outils mais la manière de les utiliser.

Romain Humeau nous parle de Stupor Machine, le nouvel album d'Eiffel.

On peut venir écouter tous vos titres en live dans les prochains mois avec notamment un concert à la Cigale au mois de novembre.

C'est vrai après avoir fait 40-50 dates avec une tournée qui commence au mois de mai.

 

Durant ces dates vous allez retrouver beaucoup d' Ahuris. Qui sont-ils ?

Les Ahuris sont quasiment nos premiers fans. Ils se sont organisés il y a 15 ans pour faire du covoiturage. Ils suivent toujours Eiffel malgré l'avènement du net qui a cassé complètement cette idée de proximité et de chaleur.

 

En parallèle du projet Eiffel, tu prévois un nouveau projet solo?

Après ce projet, tout le monde fera d'autres choses. Moi j'ai écrit beaucoup de chansons, et j'aurai donc d'autres projets musicaux. D'ailleurs ça serait bien si les médias pouvaient s'intéresser autant à mon projet solo qu'à Eiffel. Ça me fait un peu marrer de voir des programmateurs qui n'ont pas voulu entendre parler de mon projet solo et qui reviennent à la charge pour Eiffel. C'est quand même le même mec qui chante et qui écrit les chansons même si ce n'est pas la même formation sonore. C'est toujours le même moteur. Ils peuvent aimer ou détester mais ils peuvent au moins écouter. Le monde est bizarre.

Romain Humeau nous parle de Stupor Machine, le nouvel album d'Eiffel.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article